Restitution du projet de TOB "Parole libre" avec Monza

Dans le cadre du programme de terminale bac pro en lettres (sur les thèmes : « La parole en spectacle » et « identité et diversité »), les élèves ont eu l'occasion de rencontrer Monza, auteur interprète mauritanien, invité du Rack’am (salle consacrée aux musiques actuelles) et du Ciné 220 pour la projection du documentaire « Une parole Libre » (de Stéphane Le Gall-Viliker) qui lui a été consacré.

Pour Monza "Le français est une langue en partage", c'est donc en français que l'auteur interprète chante. Mais il n'hésite pas à le mélanger avec d'autres langues présentes en Mauritanie comme l'arabe ou le peul.

 

Ce documentaire retrace le combat de Monza en Mauritanie, dans l’Afrique de l’ouest, pour la création d’un des plus importants festival de Rap « Le Assamalekoum festival» (9e édition en 2016). Il permet à de jeunes chanteurs de s’exprimer, voire de revendiquer, dans un pays où la liberté d’expression reste une valeur à conquérir. Monza est également présent sur scène lors de ce festival.

 

 

 

Monza, un artiste engagé au-delà du rap

Avant de commencer son atelier d’écriture avec les TOB , Monza présente ainsi la Mauritanie : « 70 % de la population a moins de 35 ans et 90 % de ces moins de 35 ans écoutent du rap . Le rap, tout le monde en écoute et beaucoup en font. Il n’y a besoin de rien pour faire du rap juste la voix et les mains pour la rythmique. » Le rap s’est ainsi considérablement développé en Mauritanie depuis les années 80. Pour Monza, le rap est avant tout une musique de la revendication et il nécessaire de le rappeler à la jeune génération. C’est essentiel dans un pays au régime politique autoritaire.

Monza dresse ensuite un rapide tableau de la vie en Mauritanie et notamment de la situation politique. En effet, les dirigeants, majoritairement issus de la même ethnie, s’appuient sur les différences entre les cinq ethnies qui composent la population mauritanienne pour mieux gouverner et spolier les richesses du sous-sol (pétrole, gaz) et de la mer (la côte mauritanienne est très poissonneuse). A cela s’ajoute le carcan de la tradition qui prive les femmes des mêmes droits que les hommes et l’ombre de l’islamisme radical. Faces aux enjeux politiques et conscient des verrous qui pèsent sur sa société, Monza affiche une détermination sidérante. C’est un homme d’apparence calme, qui maîtrise parfaitement le français. Il puise ses références aussi bien chez Zola et Hugo que chez K. James. Il semble incroyablement serein alors que, il faut bien le reconnaître, les éléments menacent autour de lui. Monza est un artiste très engagé. Dans un pays où la liberté d’expression est combattue, il a conscience que cela peut être dangereux. Pourtant, à l’écouté, on mesure combien il est réfléchi et combien cet homme de bientôt 40 ans, riche de son expérience et de ses nombreux voyages (notamment en Europe du nord) sait ce qu’il doit faire. Il refuse d’entrer en politique parce qu’il se pense d’abord comme un artiste. Mais c’est un artiste qui agit, un acteur de la vie publique mauritanienne en accord avec ses principes : liberté et tolérance. Nous avons rencontré un citoyen du Monde, un humaniste.

Réaliste devant les risques qu’il encourt, il revendique néanmoins son devoir de s’ériger contre les infamies : « Ils peuvent me faire taire. Nous mourrons tous un jour et c’est comme cela : nous naissons et nous mourrons. Entre les deux, tout ce que nous avons à faire, tout ce que je peux faire c’est défendre ce que je pense être juste. »

Monza s’en donne les moyens. Sacrifiant sa bourse d’étude, à 20 ans passé, il crée son propre label et sa maison de production pour être autonome. « Le rap était mal vu à l’époque. Mes parents n’ont pas compris mon choix au début. C’est plus tard, quand j’ai été reconnu, qu’ils ont mieux compris ce que je faisais ».

 

Le rap mauritanien, la musique de la liberté

Pratiqué depuis plusieurs décennies, le rap est ainsi devenu une musique populaire écouté par les jeunes et désormais leur parents qui ont grandi avec. Le rap a donc évolué en conséquence : plus mélodique et parfois moins revendicatif, Monza défend le rap des origines, celui qui dénonce les injustices.

Le rap mauritanien aborde tous les sujets et en particulier le quotidien avec ses problèmes : trouver du travail, à manger et même l’approvisionnement en eau comme dans les grandes banlieues de Nouakchott, la capitale. En effet, l’eau est rationnée par l’État, moyen de contrôle sur les populations de ces bidons villes.

Dans ce contexte, libérer la parole, lui donner un lieu pour s’exprimer devient essentiel. Le festival Assamalikoum a été créé en partie dans ce but.

 

Le festival Assamalekoum, fer de lance d’une « parole libre » et d’un message humaniste.

Avant sa création en 2008, il n’y avait pas ou peu de scènes pour le rap. Les moyens de diffuser la musique sont également limités. Grâce à ce festival, il est désormais possible de faire la promotion de nouveaux artistes entre les têtes d’affiche invitées pour attirer un large public.

Pour Monza les objectifs sont donc multiples : permettre grâce au tremplin du festival de promouvoir un nouvel artiste en lui faisant enregistrer un disque en France, assurer à la jeune génération un moment de liberté de parole et partager avec plusieurs dizaines de milliers spectateurs, sur 3 jours dans le grand stade de la capitale.

Enfin, bien loin des clichés du rap, Monza mène à travers la programmation du festival, un combat pour la tolérance en invitant des artistes des diverses ethnies mauritaniennes ainsi que des femmes qui ont peu de place dans l’espace public et le rap.

Apprendre à vivre ensemble, respecter l’autre, respecter la liberté de parole, reconnaître la femme comme son égal : le rap vecteur d’un message humaniste !

La Preuve ? Les autorités mauritanienne ont par le passé tenté d’empêcher le bon déroulement du festival : soit en voulant en faire une vitrine politique (en achetant le festival), soit...en confisquant le matériel ! Dans ces circonstances, les centres culturels étrangers et notamment français, ont joué un rôle important en prêtant le nécessaire.

En Mauritanie, le combat de Monza pour le rap devient évidemment un combat politique, un combat universel.

 

Un combat contre l’obscurantisme

Monza n’est pas le seul en Afrique de l’ouest à mener ce combat. Dans les pays voisins d’autres artistes à la renommée nationale voire internationale se sont unis avec Monza pour créer un collectif pour défendre le droit à une parole libre . « Les ambassadeurs de la liberté d’expression » (c'est ainsi qu'ils se nomment) mènent des actions visant à diffuser leur message, par des concerts mais aussi en garantissant une sécurité pour ces artistes dans leur pays respectif : les festivals leurs donnent une visibilité qui les protègent de l’arbitraire. Un autre combat anime ce collectif également : la lutte contre les djihadistes de Bokoaram comme au Nigeria. Suite, aux kidnappings des lycéennes et aux exactions de ce groupes armés, ils ont enregistré une chanson visant à promouvoir le respect de l’autre et intitulée : « Le droit de vivre ». Parce que c’est de cela dont il s’agit: le droit de vivre librement et dignement, cette rencontre avec Monza fut d’une richesse exceptionnelle.

 

Le projet « Parole libre » avec le lycée Jean Pierre Timbaud

 

 

 

Au Rack’am, les élèves ont eu droit à un concert privé de Monza qui a su motiver les élèves et même les faire chanter.

Suite à ce concert, les élèves de TOB ont participé à un atelier d’écriture et chant avec Monza durant toute une journée.

 

 

« Mauritanie air rimes ». Entre exercice d'écriture et surréalisme

A bord de cette compagnie toute droite sortie de l’imagination du rappeur, la terminale OB a été invitée pour un voyage onirique à travers divers exercices d’écriture, dans le but de libérer leur « flow ».

  • L'île de la liberté

Ici, la première escale. Les élèves découvrent des syllabes, des mots découpés qu'ils devront rassembler pour découvrir des citations célèbres, "des slogans révolutionnaires" pour Monza.

Ainsi, ces terminales évoquent Victor Hugo avec "S'il n'en restait qu'un je serai celui là" tiré de "Les châtiments"; ou encore "être libre c'est choisir soi-même ses chaines" de K. James (Post Scriptum) ; et enfin "ô justice quelle affreuse désespérance serre nos cœurs" incantation de Zola dans sa lettre ouverte "J'accuse"

  • L'île de la criée

Dans une joyeuse cacophonie, Monza invite les élèves à crier les mots qui leur sont chers. Celui qui donnera le plus de voix verra ses mots inscrits par un scribe choisi dans le groupe. Ainsi, sur l'étal du tableau on trouve liberté, écouter, respirer et vivre d'un côté; porter, content, manger, ensemble, humanité et familia de l'autre.

  • L'île miroir

Une étape difficile du voyage. Inviter devant une boîte mystère, les élèves doivent l'ouvrir pour y découvrir le portrait d'une personne sur laquelle il doive dire une phrase commençant par "il est". On devine qu'il s'agit d'un miroir et c'est d'eux-mêmes que Monza voudrait qu'il nous parle. Que pensent-ils d'eux? Travailler sur l'image de soi avant de passer à l'écriture et à la restitution. Ainsi, l'inconnu mystère "est fort; il est beau; il est narcissique; il est comme il est; c'est un type bien; il est drôle; il est sympa; il est mystérieux; il est…je ne sais pas". Oui difficile exercice.

Enfin, muni du matériel récupéré lors de chaque escale, l'élève compose son texte comme une expérience construite collectivement mais qui reste avant tout un rapport personnel au monde, à l'écriture et à la parole. Une parole libre.